L’Agence du court métrage lance une nouvelle collection intitulée One + one. Deux courts métrages assemblés en un seul programme ou l’infini pouvoir du montage.
La règle essentielle du montage, disait Jean-Luc Godard à la suite d’Eisenstein, c’est “1+1=3”. Deux images côte à côte font naître chez le spectateur une troisième image, invisible, qui dépasse la somme des deux premières. Les images ne s’ajoutent pas seulement entre elles, elles donnent aussi naissance à d’autres images qui se multiplient à leur tour de manière exponentielle. Plus tard Godard signait un film sur les Rolling Stones dont le titre One + one suggérait qu’un film serait toujours davantage que la simple addition – ou confrontation – de la puissance cinématographique de l’objet filmé et de la force du regard de celui qui le filme.
L’Agence du court métrage s’amuse à reprendre ce titre – et la règle implicite qu’il porte en lui – pour désigner une nouvelle collection de programmes associant deux films. L’un plus l’autre, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre, l’un compte tenu de l’autre et, pourquoi pas, l’un multiplié par l’autre ? En réalité, toutes les opérations mathématiques sont permises. Qu’on ajoute un film à l’autre ou bien qu’on fasse la différence entre eux, certains facteurs communs demeurent tandis que des écarts confirment l’unité indivisible de chacun. Un film peut être aussi le multiplicateur de l’autre, et l’un de ses plans l’inconnue qui le donne à voir sous un angle nouveau. Ces multiples opérations permettent alors de poser une hypothèse majeure: un film se transforme-t-il au contact des œuvres et des images qui gravitent autour de lui ? La complexité des lois gravitationnelles nous empêche d’énoncer une règle définitive. Seule certitude: la collection One + one propose, à chaque nouveau programme, une nouvelle démonstration de l’infini pouvoir du montage. À la fin de la séance nous avons donc vu trois films et ce troisième film, le plus précieux car le plus subjectif, c’est notre regard qui, avec la complicité savante des programmateurs, l’a inventé.
Découvrez l'article complet rédigé par Amanda Robles - Bref Magazine n°99.