Le personnage central de La ligne blanche est un comédien de théâtre respecté, qui mène une vie dissolue, tournée vers sa seule jouissance. Mauvais fils, mauvais père, souvent odieux avec les femmes, il n’apparaît guère sympathique, et le réalisateur ne l’excuse pas, ce qui semble être une constante de son cinéma depuis ses courts et moyens métrages.
Le premier, Un peu de temps réel… (1997, 11 mn 30), porte en exergue une phrase de Georges Bataille, “Je suis entré dans la nuit sale et m’y suis enfermé fièrement”, et son personnage principal, incarné par le réalisateur lui-même, assume cette noire ligne de déchéance, cachant derrière son arrogance de dandy, peu attentionné avec sa compagne et injustement morveux envers ses parents, sa dépendance à la drogue. Le film ne génère aucune compassion à son égard, l’individu étant broyé par la vie, dépassé par les événements, sans que rien ne puisse le sauver.
Dans Le bel hiver (2000, 32 mn), Olivier Torres joue et met à nouveau en scène un être en perdition, retrouvé par ses amis étourdi dans son lit après avoir abusé d’un mélange d’alcool et de médicaments. Une fois remis sur pied, il se révèle infect et ses crises de larmes devant un psy ne nous émeuvent pas. Le constat est implacable : son amie Alice va se passer de lui et refaire sa vie, il ne lui reste plus qu’à se balancer par-dessus la rampe de son étage… Dans La nuit sera longue (2003, 43 mn, présenté dans notre DVD #23 et sa critique dans Bref n°60), un père vil et égoïste essaie de passer “au mieux” une journée hivernale avec son fils, journée qui s’avérera calamiteuse. Écrivain pseudo-intello, ce personnage est encore une fois assez répulsif, n’aimant guère son prochain, même les enfants, le sien y compris. En ce banal samedi enneigé passé au Jardin d’acclimatation – avec une lumière superbe de Caroline Champetier –, ce géniteur malgré lui expose avec ostentation son inconséquence, son incapacité à endosser la moindre responsabilité. Et son désespoir, qui doit aussi pour une part être celui d’un auteur décidément sans concessions.
Découvrez l'article complet de Christophe Chauville dans le magazine Bref n°98.